Le Café Accueil

Dans la crypte de l’église saint Jean de Montmartre se tient chaque vendredi de 10h30 à 17h30 un accueil pour les personnes de la rue.

L’entrée s’effectue par le 22 rue André Antoine (rue en escalier en latéral de l’église)

Une équipe de bénévoles assure cet accueil qui a été créé à Notre Dame de Lorette et a ensuite “migré” à saint Jean de Montmartre.

Chaque vendredi après midi les personnes de la rue y trouvent un moment de fraternité, dans une ambiance familiale. On vient se réchauffer, jouer aux cartes, partager un café et des sandwiches, se reconnaître et s’apprécier sans aucun jugement.

Les paroissiens qui le désirent peuvent apporter à l’accueil dans l’église lait en brick, chocolat en poudre, café moulu, sucre en poudre, soupes (en brick ou en sachets) et mouchoirs en papier.


Le témoignage suivant a été donné au cours d’une messe à la paroisse st Jean de Montmartre, par une personne sans domicile fixe, que par discrétion, nous nommons A.

Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle A. j’ai 31 ans. Je suis agent de sécurité incendie. En octobre 2010, suite à de graves problèmes personnels, je me suis retrouvé à la rue du jour au lendemain. A qui la faute ? La mienne, principalement. C’est le retour de bâton de ce que l’on appelle le libre arbitre : nous sommes responsables de nos actes, de nos choix, les bons comme les mauvais. En bref, je me suis donné les moyens de changer ma vie, en mal, de m’autodétruire.

Au début de l’année, j’ai intégré, après un peu plus d’un an de rue, un centre d’hébergement d’urgence. Ce centre était ouvert depuis près de deux ans, mais il venait de perdre son agrément, fermerait ses portes quatre mois plus tard et ne les rouvrirait qu’à la prochaine saison hivernale.

Depuis l’ouverture de ce centre un homme y vivait. Il s’appelait Lécheck, était polonais et parlait français… « comme une vache polonaise », pardonnez l’expression ! Le trait de caractère qui le définissait le mieux était sa générosité. Cet homme ne possédait rien ou pas grand-chose mais il était tout de même prêt à vous l’offrir. Il était propre, mangeait à des heures régulières, se couchait tôt, mais il était alcoolique. Après deux ans passés à vivre dans cet endroit, il se considérait là comme chez lui. Il ne comprenait pas qu’on le mette dehors. Quand le jour fatidique est arrivé, il a planté sa toile à 100 mètres de l’entrée, bien décidé à attendre que le centre ouvre à nouveau. Il est vite retombé dans ses vieux travers : mauvaise alimentation, aucune hygiène, peu ou pas de repos et encore plus d’alcool. Il est mort le mois dernier. Moins de six mois après son retour à la rue. Il n’avait pas 50 ans. A qui la faute ? Foutu libre arbitre ! La sienne principalement, et ça me rend triste. Mais il n’était pas le seul responsable, et ça me met en colère ! L’absence de moyens a entraîné pour lui un changement auquel il n’était pas préparé.

Pour finir sur une note plus positive, voici un autre exemple : Je suis entré dans ce centre le 5 janvier et le 31 janvier, je retrouvais du travail. Grâce à qui ? Grâce à moi, principalement, mais je n’aurais rien pu faire sans les moyens que ce centre m’a fourni.

Quand je serai définitivement sorti des ennuis, je resterai au contact du monde associatif, au contact des personnes du café accueil. Car je veux donner les moyens de changer aux gens qui en ont besoin, comme on l’a fait pour moi. C’est ce que font les personnes du café accueil : Elles ne font pas que nous offrir du café et des sandwiches, même si c’est agréable. Ce qu’elles nous offrent a bien plus de valeur. Elles nous offrent leur temps, leur écoute, leur attention. Sans jugement ni préjugés mais avec le sourire. Que peut-on offrir de plus beau ? Cesser pour quelques heures de penser à soi, à sa vie, à ses problèmes, pour penser à l’autre, à sa vie, à ses problèmes. Le don de soi. N’est-ce pas là la plus belle définition du mot « générosité » ?

C’est aussi ce que m’a appris Lécheck, et je veux me souvenir de lui : Il n’est pas nécessaire de posséder quoique ce soit pour donner tout ce que l’on a.