Bref Historique de l’église

Saint Jean de Montmartre est située à Paris dans le XVIII ème arrondissement. A la fin du XIX siècle, l’abbé Sobaux constate que sur la ligne située entre Saint Pierre de Montmartre (église située juste à coté de l’actuel Sacré Coeur) et l’église de la Trinité, il n’existe rien en terme d’église. Le quartier de Montmartre étant assez pentu, l’abbé souhaite ériger une église à mi chemin de la pente pour que la population de l’ancienne commune de Montmartre puisse s’y retrouver également. Cette église serait batie près de l’ancienne entrée du couvent qui recouvrait Montmartre autrefois. Il fait part de son dessein au cardinal BICHARD, archevèque de Paris.

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En 1894 l’abbé Sobaux (curé de Saint-Pierre-de-Montmartre de 1908 à 1913) confie donc cette mission de construction à l’architecte Anatole de Baudot,après avoir acquis par souscription le terrain rue des Abbesses. Ce terrain est un grand jardin planté d’arbres. Cette initiative est assez mal vue à l’époque par la Direction des Cultes (nous sommes sous le régime du Concrodat) qui s’oppose à cette construction.

En 1897 l’affaire se complique, car Saint Pierre est fermée sur ordre de la Préfecture car jugée trop périlleuse, sans espoir alors de restauration. Le culte se poursuit cependant dans une des chapelles sans pour autant favoriser l’obtention de l’autorisation de construction de Saint Jean.

Anatole de Baudot (1834-1915) décide de faire appel à une technique de construction révolutionnaire pour l’époque et de plus économique. Il s’agit du système développé par l’ingénieur Paul Cottancin. Ce système consiste en une sorte de toile métallique dont la trame et la chaîne sont formées par le même fil de fer ; les parois sont constituées de briques empilées.

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On peut qualifier ceci de language architectural contemporain. Plusieurs raisons ont probablement motivé ce choix : économiques, rapprochement des gens de la Butte.
Pour Baudot le ciment armé est le matériau qu’il faut choisir. Tout à la fois ossature et enveloppe, il permet une souplesse de création beaucoup plus importante que la pierre.

L’article sur l’architecture détaille ce procédé.

La construction, qui débuta en aout 1897, provoqua une réprobation générale malgré le prestige de son architecte et certains prédirent son effondrement prochain. En 1898, le chantier subit une interruption importante due à un procès intenté pour non-conformité avec les règles d’urbanisme à cause de ses planchers de 7 cm d’épaisseur et de ses piliers de 50 cm de diamètre seulement pour 25 mètres de hauteur. Il s’en suivit une ordonnance de démolition (1900) non exécutée et une longue procédure. l’Archevèque de Paris fait appel à M.Boutillier, Inspecteur général des Ponts et Chuassées. Le sol de la nef est chargé de sacs de sable à raison de 800 kg/m² , sans entrainer aucune modification.

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L’abbé Sobbeaux et Anatole de Baudot vont avoir recours à une démonstration technique dans l’actuel jardin du presbytère pour convaincre les dubitatifs. Une réplique des piliers avec une dalle du plancher est fabriquée, et les deux hommes déversent 1500 kgs de sable sur 1 m² de dalle sans que celle ci ne rompe. Les travaux qui reprennent en 1902 après des interventions auprès du président du conseil M Waldeck Rousseau. L’abbé Sobbeaux obtient un désistement de l’action judiciaire et l’autorisation de construire un clocher.

Nouvelles hésitations à la fin de la construction de l’église ou la nécessité de l’alignement contraint l’architecte à revoir les plans et à tronquer la tour d’entrée et à en diviser en deux la largeur. Ceci explique l’actuelle apparence du clocher étroit flanqué de deux tours.

L’église est achevée en 1904 pour être consacrée au titre de chapelle de secours la même année le 13 juin à Saint Jean l’Evangéliste. Ceci explique l’importante iconographie religieuse représentant Saint Jean ou des éléments de l’Apocalypse. L’année suivante, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat est votée et permet à Saint Jean de devenir une paroisse pleine et entière. En 1908 l’Abbé Sobbeaux est nommé curé de Saint Jean et le restera jusqu’en 1913.

Les trois grandes verrières hautes de la nef exécutées par le maître-verrier Jac-Galland d’après des cartons de Pascal Blanchard se rattachent à l’Art nouveau de par leur dessin.
Les sculptures de bronze et terre vernissée de Pierre Roche décorent aussi le maître-autel dans le style 1900.

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L’orgue de Saint-Jean de Montmartre a été construit par Cavaillé-Coll en 1852 pour l’Ecole Sacré-Cœur de la Ferrandière à Lyon. Il a ensuite été transféré et remonté dans l’Eglise Saint-Jean en 1910 par Mutin. Modifié par Gutschenritter à plusieurs reprises au cours du XX siècle.

L’orgue


Church’s architecture :

The layout is apparently rather simple as it’s mainly a porch combined with a bell tower, a three parts nave with two small chapels and on the drawing one element which can be interpreted as a transept.

By observing up there, the ceiling, you see clearly three square spans, separated by 2 smaller rectangular ones. The square spans are topped by cupolas. These cupolas are topped themselves by small pinnacles.

The church’s main gate : 
Two main lateral volumes are topped by a balcony. On the front, they do end by two octagonal stair towers, which are almost blind. The front door is decorated with 3 sculptures made by P. Roche: St Jean carrying a poisoned glass and two angels which could be classified as “Modern Style”.

The material which is used led a few sarcastic people to give a surname to the church: St Jean made of bricks. The lateral walls are somewhat common and do not catch the eye very easily. The use of cement as external covering for the walls led to an esthetic problem which was solved by M. Baudot: He asked Alexandre Bigot (1862 – 1927) to glue some flamed sandstone in the fresh cement to cover the naked gray surface. This technique is used as well inside the church.

The Church construction :

Built onto a narrow field : 44 m over 20 m with a very steep slope : ten meters between the crypt’s floor and Abbesses street level, the church is standing on its 26 columns, which go down 12 m into the earth.

The technical interest lies in the drawings from its architect Anatole de Baudot

1) Thin columns or pillars are built out of bricks, which are linked with metal rods.
These square columns are only 50 cm across, and not aligned with the central axis of the church but 45° off field. They do extend 25 m above the floor on the ceiling.
As an anecdote, it’s reassuring to know that two of these pillars were left isolated for two years (when the building was stopped), resisting to wind, vibrations, without moving for one centimeter.
From each pillar come two spines, which interlink two by two .

Besides ribs, the pillars support as well some horizontal pieces linked to arches made out of reinforced cement.

These pieces do serve as support for the balconies

2) Voutes are made of two cupolas made out of reinforced cement. These cupolas are only 7 cm thick and separated one another by 4 cm. These 4 cm are filled by a blend of cork and machefert, whose purpose is to serve as a phonic and thermal insulation layer. The lower cupola which can be seen from inside the church is plastered in order to be painted, whereas the external cupola does act as a roof, which is covered by copper.

3) Partition walls are made of two layers of bricks, which once more are linked together by rods. These 2 layers are separated by a “vacuum” of 11 cm, acting as thermal layer. These partition layers do not have any structural purpose.

4) A special clipping system is used to link together the various elements (pillars, ceilings, floor, windows,..). This system is known as the COTTANCIN (named after the engineer who designed it) tie and consists in piling up some bricks which are linked by iron rods. This technology allows the building to get an almost monolithic mechanical behaviour.

Balconies are linked together to form a gallery, which purpose is to be a sort of wind bracing system (building technique aiming at minimising structural deformations of one part of a building) by linking all pillars at mid-level.


Anatole de Baudot, architecte de St Jean :

Peu connu du grand public, il n’en demeure pas moins un des piliers de la fin du dix-neuvième siècle. La raison en est simple : il est le premier à utiliser le système révolutionnaire du ciment armé et à en tirer un langage architectural neuf.

Si le ciment armé revêt autant d’importance aux yeux de Baudot c’est qu’il permet d’être ossature et enveloppe à la différence du fer. Baudot se démarquera de Boileu qui utilise le fer comme support au Bon marché, en inscrivant le ciment armé comme intégration architecturale.

Inspecteur général des Monuments historiques, Inspecteur général des édifices diocésains de 1879 à 1907, il fut aussi un architecte engagé, libre penseur et rationaliste qui croyait aux progrès de la science et de la technique.

En 1897 il déclare : “j’ai eu dans ma vie deux bonheurs très rares, c’est d’avoir deux maîtres incomparables : Labrouste et Viollet-le-Duc ; au premier je dois la naissance de mes convictions ; c’est le second qui les alimentées et fécondées.


Anatole de Baudot, der Architekt von Saint-Jean :

(geb. 14 Oktober 1834 in Sarrebourg, gest. 28. Februar 1915 in Paris)

Von der weiten Öffentlichkeit fast unbekannt spielte Anatole de Baudot jedoch eine wichtige Rolle in der Architektur des Endes des 19. Jahrhunderts: er war der erste, der das revolutionäre Eisenzement-System einsetzte, und daraus eine neue Architektursprache erfand.

Eisenzement war für Baudot sehr wichtig, weil er im Gegensatz zum Stahl erlaubt, gleichzeitig Skelett und Hülle zu sein. Baudot unterschied sich dadurch von Boilieu, der Stahl als Skelett im Kaufhaus Le Bon Marché verwendet hatte, dass er Eisenzement als architektonisch integrierbares Baumaterial betrachtete.

Von 1879 bis 1907 war Baudot Generalinspektor der Denkmalverwaltung und Generalinspektor der Sakralbauten. Er war auch ein engagierter Architekt, freier Denker und Rationalist, der im Fortschritt von Wissenschaft und Technik glaubte.

Im Jahr 1897 sagte er: “in meinem Leben habe ich zwei sehr seltene Glücke gehabt, ich habe zwei unvergleichbare Lehrer gehabt: Labrouste und Viollet-le-Duc.  Dem ersten bin ich der Geburt meiner Überzeugungen schuldig, und der zweite hat sie genährt und befruchtet.

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