


A r c h e v ê c h é d e P a r i s
DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2007 : JOURNÉE POUR LA JEUNESSE, PASSER LE TÉMOIN.
Serons-nous capables de passer le témoin aux générations qui nous suivent ? Cette question mérite que nous nous la posions si nous regardons les effectifs des jeunes dans les différentes propositions chrétiennes qui sont présentées à chaque rentrée scolaire : catéchismes des enfants, aumôneries de l’enseignement public, enseignement catholique, mouvements de jeunesse, aumônerie des étudiants, etc.
En instituant ce dimanche pour la Jeunesse, le cardinal Lustiger avait souhaité qu’il soit sans doute l’occasion de recueillir des moyens financiers pour les œuvres de jeunesse. Il avait surtout souhaité que ce soit une occasion pour les communautés chrétiennes et pour les familles de réfléchir aux actions à entreprendre pour la formation chrétienne des jeunes. Je n’ai pas l’ambition d’aborder l’ensemble de ces questions dans ce message que je veux bref. Je voudrais appeler votre attention sur le catéchisme primaire. Les autres tranches d’âge devront faire l’objet de réflexions ultérieures.
Il en sert à rien de nous lamenter sur le petit nombre de nos effectifs, ni surtout de les comparer à ceux d’autres époques qui ne sont pas comparables. Mais il est bon que nous prenions conscience du changement qui se produit dans notre société depuis quelques dizaines d’années. Nous étions accoutumés à un catéchisme primaire de masse que fréquentait la majorité des enfants scolarisés ; aujourd’hui, trop peu d’enfants scolarisés dans les établissements publics participent au catéchisme. Nous devons nous réjouir de voir des familles faire le choix difficile d’organiser leur vie de façon que les enfants puissent être catéchisés. Mais nous devons aussi penser à tous les enfants de tradition chrétienne qui ne sont plus entraînés par le mouvement général et qui restent ainsi à l’écart de la découverte du Christ et de son Évangile, sa Bonne Nouvelle.
Cette absence massive n’est pas nécessairement le résultat d’un rejet délibéré de l’Église ni du message chrétien. Elle peut souvent être la simple conséquence d’événements divers : déménagements, familles éclatées, difficile organisation de l’emploi du temps du mercredi, mais aussi ignorance ou indifférence à l’égard d’une éducation chrétienne que l’on suppose toujours possible ultérieurement. Nous le savons bien pourtant : s’il est vrai que l’on peut accueillir le Christ à tout âge, et même jusqu’à la dernière heure, il est vrai aussi que ce qui n’a pas été acquis et intégré dans l’enfance ne se remplace pas. On évoque fréquemment le manque de points de repères dans la conduite de la vie. Pourquoi négliger alors ceux qui pourraient être fournis par une initiation chrétienne solide ? Tous les parents qui veulent doter leurs enfants des équipements nécessaires à une vie réussie doivent sérieusement se poser la question : puis-je les priver de la connaissance du Christ et du message des évangiles ?
Cette question relève évidemment de la responsabilité éducative des parents. Mais elle ne soulève pas seulement une question posée dans l’intimité des familles. Elle est aussi une question qui concerne toute l’Église, dans la mesure où nous sommes constitués comme un peuple de témoins qui reçoit la mission de transmettre ce que nous avons-nous-mêmes reçu. Il ne s’agit pas ici de forcer la liberté de conscience des familles et des enfants. Nous la respectons, tout au contraire. Il s’agit de mettre en pratique ce que Dieu nous demande : « Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils. » (Livre du Deutéronome 6, 5). Nous sommes appelés à assurer le passage du témoin d’une génération à l’autre. C’est une des premières missions de l’Église.
Je vous propose donc de vous poser à vous-mêmes quelques questions simples :
+ Comment avez-vous reçu l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Faites mémoire de votre propre éducation chrétienne, même si, à distance, vous pouvez émettre des critiques...Quelles personnes vous ont passé le témoin ? Comment pourriez-vous être l’une d’entre elles à l’égard d’un proche, d’un voisin ?
+ Qu’en est-il de ce devoir dans vos familles, pour vos enfants, vos petits-enfants, vos proches ? Comment pouvez-vous les aider à se poser la question du passage du témoin et à y répondre ? Que leurs petits-enfants ne soient pas catéchisés, quelquefois pas même baptisés, est une grande souffrance, je le sais, pour un bon nombre de ceux d’entre vous qui êtes grands-parents. Nous croyons que cette souffrance vécue dans l’espérance, en confiant vos enfants et petits-enfants au Seigneur, en portant vivement dans votre cœur, parfois dans le secret, le désir qu’ils le rencontrent, est féconde. Peut-être aussi des paroles, des gestes, sont-ils possibles. La prière, la fréquentation paisible du Seigneur, peut vous les inspirer.
+ Comment notre communauté chrétienne accueille-t-elle les familles et comment les aide-t-elle à assurer la formation chrétienne des enfants : information du voisinage par des contacts personnels, accueil des enfants le mercredi, accompagnement des enfants le dimanche, invitation à une réflexion sur l’éducation chrétienne, etc. ?
+ Quels moyens de formation chrétienne proposons-nous pour les adultes dont certains pourraient devenir les catéchistes des enfants ?
+ Comment soutenir des propositions de rencontre entre les enfants et offrir un accompagnement sérieux ?
+ Quels moyens financiers pouvons-nous réunir pour mettre en œuvre des projets qui soutiennent et développent les possibilités de joindre les enfants ?
Ces questions, - et bien d’autres que vous pouvez ajouter -, ne concernent pas seulement les autres. Elles concernent chaque membre de notre communauté chrétienne car elles concernent notre mission de passer le témoin en annonçant la Bonne Nouvelle du Christ.
Je vous confie ces quelques éléments de réflexion pour éclairer notre rentrée scolaire et je vous assure de ma prière pour vous et tous les jeunes de vos familles et de vos communautés. Je vous demande de prier pour les catéchistes de votre paroisse et pour les enfants qui viendront cette année apprendre à mieux connaître leur foi. Priez pour eux, non pas une fois en passant, mais chaque mercredi, chaque semaine lorsque le catéchisme a lieu. Réfléchissez à ce que vous pouvez faire ou proposer pour les aider. Priez aussi pour les enfants qui ne connaissent pas le catéchisme. Je vous en remercie.
+ André VINGT-TROIS Archevêque de Paris
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