Le baptistère

Dimanche 23 septembre 2007, la paroisse St-Jean de Montmartre a inauguré sa nouvelle cuve baptismale, réalisée par l’orfèvre Goudji.

Article de l’hebdomadaire "Paris Notre Dame" :

Kevin, Valentine, Emilio et trois autres bambins ont inauguré la nouvelle cuve baptismale de St- Jean de Montmartre. Il y ont été baptisés dimanche 23 septembre, en présence de paroissiens, d’habitants du quartier, croyants ou non, de commerçants, d’amateurs d’art. Tous ont découvert à ce moment là la cuve baptismale, voilée depuis son installation, il y a quelques jours...

Pour remplacer le chaudron à confiture qui faisait office jusqu’à aujourd’hui de cuve baptismale, le P. Alexis Bacquet, curé, a fait appel au grand orfèvre Goudji, voisin de la paroisse. Ce dernier a réalisé une cuve baptismale qui allie ferronnerie, pierre sculptée et argent. « Nombre d’artistes ont travaillé dans cette église de style 1900. Il nous fallait donc continuer dans cette perspective, en appelant un artiste contemporain de renom, explique-t-il. Notre belle église méritait mieux que du bricolage pour la célébration du baptême. Nous avons décidé de créer un objet unique, pensé pour ce lieu unique, faisant le pari de la modernité mais en harmonie avec l’église. »

Si l’œuvre fait l’unanimité en ce matin d’inauguration, le projet, lui, a soulevé des interrogations : « Même si j’aime l’art sacré je ne voyais pas l’utilité de dépenser un budget et de l’énergie pour une cuve baptismale, convient Christophe. Je voyais d’autres besoins, comme celui de s’atteler à la formation des paroissiens. Et puis, j’ai pensé aux touristes, de plus en plus nombreux à visiter l’église St-Jean, ouverte en continu de 9h à 19h. Cet objet contemporain montre que la communauté est vivante aujourd’hui encore. Même si cette vie se voit déjà par les panneaux qui recensent nos activités, la cuve baptismale apporte quelque chose de plus par sa valeur, sa beauté, sa caractère contemporain. Elle impose par sa présence. » Paroissienne depuis 30 ans, Pia attendait un baptistère visible par tous : « C’est un témoignage de foi capital sur l’entrée dans l’Eglise ».

La cuve est placée à l’entrée de l’église, en plein milieu de la nef. Un emplacement peu courant auquel le curé voit plusieurs avantages : « Outre qu’il est pratique pour les baptêmes, il est source de questionnements pour le tout-venant. Les chaises que nous avons disposées autour créent un sas d’accueil pour les visiteurs. Ces derniers sont invités à vivre intimement une progression spirituelle : après le baptistère, signe de la plongée avec le Christ, ils aperçoivent l’autel, signe de la mort et du don que le Christ fait de sa vie. Puis, leur regard est attiré par la lumière du vitrail axial sur la Résurrection du Christ ». Pour le P. Bacquet, créer un objet liturgique à cet endroit, mettre un peu plus le baptême au coeur de l’église et de la liturgie dominicale contribuent à la mission. « D’ailleurs un paroissien, Frédéric, m’a incité à être plus attentif à l’impact de ce baptistère sur ceux qui n’entrent jamais dans notre église. Sur ses conseils, j’ai décidé de m’adresser aussi à eux lorsque j’ai lancé la souscription pour le financement des 14 000 euros de la cuve ».

Frédéric, jeune directeur d’agence de communication, a offert bénévolement ses services. Il a réalisé un dépliant sur l’œuvre et son financement, beau sur la forme, intéressant sur le fond : « J’ai proposé de sortir le baptistère du cercle restreint des paroissiens, de mettre en avant sa dimension artistique, et de s’adresser aux bobos du quartier, aux personnes aisées, attachées au rayonnement culturel de Montmartre auquel l’œuvre de Goudji contribue. Je crois aussi que ce projet de cuve baptismale peut permettre à beaucoup de se poser des questions, de faire une démarche spirituelle. » Frédéric voit grand : sur la très courue place des Abbesses, il imagine un café philo, à la fois catéchèse et débat sur le baptême. « J’espère que ce projet verra le jour, pour permettre une réflexion sur la symbolique de l’immersion, de la régénération, du pardon, au-delà des références chrétiennes, pour toucher le maximum de personnes. Cela est tellement difficile de les atteindre... Peut-être faudrait-il aller plus loin ? Les arrêter dans la rue ? Mettre des hommes sandwich annonçant ce nouveau baptistère ? » « Le vrai problème est aussi de rejoindre ceux qui regardent l’Eglise comme un objet de recherche spirituelle très individualiste et non comme un lieu de culte, commente le P. Bacquet. Certes notre projet rencontre un très bon accueil, surtout de la part des commerçants, car ils sont attachés à la paroisse.

Cette volonté d’impliquer et de rassembler tout un quartier dans ce projet, quitte à lui demander des euros, bouscule certains fidèles : « Spontanément je ne serais pas allé vers ces personnes, et je n’aurais jamais su le faire ! admire Christophe. J’étais plutôt dans une optique où l’Eglise se tourne vers les autres pour les aider à travers des œuvres caritatives. Et là, c’est l’inverse, nous les sollicitons ! C’est là où, me semble-t-il, le projet de la cuve baptismale est missionnaire : nous consentons à recevoir quelque chose de l’extérieur. Cette démarche me force à accueillir l’aide des autres, même des incroyants et à me réjouir de leurs dons. A mon avis, pour la paroisse, tout va se jouer après l’inauguration de la cuve. La phase des questionnements va surgir : le lien avec notre quartier est-il si enraciné que cela ? Et puis cette cuve ravive toute sorte d’interrogations : par l’aménagement et les œuvres de St-Jean, que disons-nous de notre communauté, de l’Eglise ? »

article de Claire Folscheid


Interview de Goudji : « Un témoignage de foi »

Paris Notre-Dame : Imaginiez-vous un jour travailler pour l’église de votre quartier, après avoir réalisé des oeuvres pour Jean Paul II, et pour des cathédrales prestigieuses comme Chartres ?

Goudji : Pas du tout. Mais je connais bien St-Jean de Montmartre, car je passe devant quatre fois par jour pour aller à mon atelier. Je n’avais jamais travaillé dans une église construite après le 19ème siècle. J’ai été un peu choqué par son architecture en béton armé, car je suis amateur de roman et de gothique. Elle est très à part, ornée et très éclectique. Mais je m’y suis habitué et je trouve, avec le recul du temps, cet ensemble très élégant et intéressant.

Paris Notre-Dame : Comment vous êtes-vous coulé dans cette architecture ?

Goudji : J’ai toujours le souci d’être en cohérence avec le lieu. Pour la structure en pierre de la cuve baptismale, j’ai repris quelques éléments architecturaux, notamment la forme des voûtes ‘en mitre’ et l’octogone de la coupole. Ce chiffre 8 symbolise la Nouvelle Alliance, il évoque donc le baptême. D’ailleurs, aux premiers temps du christianisme, on édifiait des baptistères octogonaux. En plus du travail de sculpture de pierre, mon œuvre fait appel au savoir-faire de l’orfèvre, pour la cuve en argent, et du forgeron, car l’ensemble repose sur huit pieds en fer forgé. Mon souci fut d’harmoniser ces trois matières entre elles. A l’intérieur de la cuve d’argent, des incrustations de pierre, -cristal de roche, jaspe, aventurine...- évoquent les pierreries de la Jérusalem Céleste (Ap, 21, 18-21). La cuve assez vaste, 60 cm de diamètre, permet de baptiser des bébés par immersion. Son emplacement, à l’entrée de l’église, est un retour aux origines : au 4e et 5e siècle, les baptistères étaient souvent construits à l’entrée de l’église. Cela signifiait qu’il fallait traverser cette étape du baptême par l’eau, comme le Christ au Jourdain. J’aimerais que cette cuve, placée comme elle l’est, devienne un point d’interrogation pour les visiteurs, une source d’émotion esthétique également. J’attends avec impatience leurs réactions.

Paris Notre-Dame : Vous êtes baptisé orthodoxe. Cette réalisation concrétise-t-elle des rapprochements entre catholiques et orthodoxes ?

Goudji : Je n’y ai pas spécialement pensé, mais pourquoi pas ? Quand les premiers baptistères ont été construits, la séparation n’existait pas entre catholiques et orthodoxes. C’était la même Eglise, la même foi. En ce qui me concerne, cette œuvre est un témoignage de foi. Je l’ai acceptée pour cela.

Recueilli par CF


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L'oeuvre de Goudji
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