Histoire et architecture

À la fin du XIX siècle, l’abbé Sobaux (curé de Saint-Pierre-de-Montmartre de 1908 à 1913) constate que sur la ligne située entre Saint Pierre de Montmartre et l’église de la Trinité, il n’existe rien en terme d’église. Le quartier de Montmartre étant assez pentu, l’abbé souhaite ériger une église à mi chemin de la pente pour que la population de l’ancienne commune de Montmartre puisse s’y retrouver également. Cette église serait batie près de l’ancienne entrée du couvent qui recouvrait Montmartre autrefois. Il fait part de son dessein au cardinal BICHARD, archevèque de Paris.

 

En 1894 l’abbé Sobaux confie donc cette mission de construction à l’architecte Anatole de Baudot, après avoir acquis par souscription le terrain rue des Abbesses. Ce terrain est un grand jardin planté d’arbres. Cette initiative est assez mal vue à l’époque par la Direction des Cultes (nous sommes sous le régime du Concordat) qui s’oppose à cette construction.

En 1987, Saint Pierre est fermée sur ordre de la Préfecture car jugée trop périlleuse, sans espoir alors de restauration. Le culte se poursuit cependant dans une des chapelles sans pour autant favoriser l’obtention de l’autorisation de construction de Saint Jean.

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À la pointe de la technologie !

 

Anatole de Baudot (1834-1915) décide de faire appel à une technique de construction révolutionnaire pour l’époque et de plus économique. Il s’agit du système développé par l’ingénieur Paul Cottancin. Ce système consiste en une sorte de toile métallique dont la trame et la chaîne sont formées par le même fil de fer ; les parois sont constituées de briques empilées.

On peut qualifier ceci de language architectural contemporain. Pour Baudot le ciment armé est le matériau qu’il faut choisir. Tout à la fois ossature et enveloppe, il permet une souplesse de création beaucoup plus importante que la pierre.

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La construction, qui débuta en aout 1897, provoqua une réprobation générale malgré le prestige de son architecte et certains prédirent son effondrement prochain. En 1898, le chantier subit une interruption importante due à un procès intenté pour non-conformité avec les règles d’urbanisme à cause de ses planchers de 7 cm d’épaisseur et de ses piliers de 50 cm de diamètre seulement pour 25 mètres de hauteur. Il s’en suivit une ordonnance de démolition (1900) non exécutée et une longue procédure. l’Archevèque de Paris fait appel à M.Boutillier, Inspecteur général des Ponts et Chuassées. Le sol de la nef est chargé de sacs de sable à raison de 800 kg/m² , sans entrainer aucune modification.

L’abbé Sobaux et Anatole de Baudot vont avoir recours à une démonstration technique dans l’actuel jardin du presbytère pour convaincre les dubitatifs. Une réplique des piliers avec une dalle du plancher est fabriquée, et les deux hommes déversent 1500 kgs de sable sur 1 m² de dalle sans que celle ci ne rompe. Les travaux qui reprennent en 1902 après des interventions auprès du président du conseil M Waldeck Rousseau. L’abbé Sobaux obtient un désistement de l’action judiciaire et l’autorisation de construire un clocher.

Nouvelles hésitations à la fin de la construction de l’église où la nécessité de l’alignement contraint l’architecte à revoir les plans et à tronquer la tour d’entrée et à en diviser en deux la largeur. Ceci explique l’actuelle apparence du clocher étroit flanqué de deux tours.

L’église est achevée en 1904 pour être consacrée au titre de chapelle de secours la même année le 13 juin à Saint Jean l’Evangéliste. Ceci explique l’importante iconographie religieuse représentant Saint Jean ou des éléments de l’Apocalypse. L’année suivante, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat est votée et permet à Saint Jean de devenir une paroisse pleine et entière. En 1908 l’Abbé Sobaux est nommé curé de Saint Jean et le restera jusqu’en 1913.

Les trois grandes verrières hautes de la nef exécutées par le maître-verrier Jac-Galland d’après des cartons de Pascal Blanchard se rattachent à l’Art nouveau de par leur dessin.
Les sculptures de bronze et terre vernissée de Pierre Roche décorent aussi le maître-autel dans le style 1900.

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L’orgue de Saint-Jean de Montmartre a été construit par Cavaillé-Coll en 1852 pour l’Ecole Sacré-Cœur de la Ferrandière à Lyon. Il a ensuite été transféré et remonté dans l’Eglise Saint-Jean en 1910 par Mutin. Modifié par Gutschenritter à plusieurs reprises au cours du XX siècle.